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Jane Le Besque
 
       

Bestiaire intime

Elle sauve de la disparition la couleur des oiseaux qu’elle applique à ses peintures. Aussi les racines recouvertes d’or, les entrelacs de bois brun et noir. Les lichens bleus. Les nobles moisissures recueillies sur les pierres. Les épis de maïs en flammes sèches. Les guirlandes de tamiers aux rouges insistant, les herbes blondes. Les langues de bœuf éclairant l’obscur des forêts comme celui de certaines de ses compositions. Les insectes couchés sur les livres d’art en vrac dans un fauteuil. Les faisans, les dames blanches tombés des pins. Les geais, les grives, les pics verts déchus du ciel. Les galets volés à la transparence de l’eau. Les bouquets de plumes dans les gamelles en aluminium au bord d’une fenêtre.

Dehors, sur la terrasse, les ossements d’un mouton dans lesquels se tient le bleu du ciel. Une chaise de paille éventrée. Des oiseaux en attente d’un regard. Ici, la mort repose. La peintre prépare ses couleurs.

Elle dépose sous la grande loupe de travail le minuscule, pour agrandir la vie et mieux la peindre, pour la donner à voir. Sous la grande loupe, les élytres fragiles et le duvet des abeilles, des bourdons. Des antennes rétractiles d’un monde à révéler. O particules élémentaires ! Poudres animées !

De longues promenades nourrissent son imaginaire. Son bestiaire intime. Elle emporte à ses pieds, dans ses mains, les traces forestières. Les chemins aux signatures secrètes. La lumière frissonnante des haies. Le vocabulaire embrouillé des lianes. Le rêve des animaux l’accompagne dans l’atelier pour révéler son paysage intérieur.

Elle connaît le dos des capucines, les dessous du jardin et tente de sauver de la disparition les couleurs d’être en ce monde.

Elle invite les limaces fantômes à laisser une trace sur la peinture en train de s’élaborer. Et ne craint pas la cavalcade fantaisiste des insectes sur ses papiers découpés.

On peut la surprendre debout sur une chaise dans la solitude et le silence de son atelier. Pas de musique, seulement les effets de la nature. Elle regarde de haut longuement sa peinture avant de replonger dans la matière.

Joël Bastard

 

She saves the colour of fading birds by applying it to her paintings. Also roots covered with gold. Entwined wood, black and brown. Blue lichens. The noble mold foraged from stones. Dried corncobs smoulder like flames. Garlands of insistant red tamus, fair grasses. Beefsteak fungus illuminating obscure forests as some of her paintings do. Insects lie on stacked art books resting in a chair. Pheasants, barn owls fallen from pine trees. Jays, thrushes, woodpeckers cast down from the sky. Pebbles stolen from the transparence of water. Bunches of feathers in aluminum bowls placed beside a window.

Outside, on the terrace, bones of a sheep clasp the blue sky. A gutted straw chair. Birds wait to be noticed. Here, death rests. The painter prepares her colors.

She places under her magnifying glass the miniscule to exadurate life and to better paint it for us to see. Under the big magnifying glass, fragile elytra and beetle jackets, with those of honeybees and bumblebees. Retractile antennas from one world to be revealed in another. Oh elementary particles! Animated powders!

Long walks feed her imagination. Her intimate bestiary. She carries on her feet and in her hands the forest tracks. The paths to secret meanings. The hedges quivering light. The tangled vines vocabulary. The dream of animals accompany her in the studio and reveal her inner landscape.

She knows the back of nasturtiums, the end of the garden. She tries to save the colours from disapearing from this world.

She invites silver slugs to leave a trace on her painting. And does not fear a fanciful cavalcade of insects on her paper cutouts.

One may surprise her standing on a chair as she looks down at length on to her painting before returning to the material of her life.

Joël Bastard, poet

 

 

 
       
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